Et pour ça je respire.
Le compteur tourne et l'année s'achève (on achève bien les chevaux et bien d'autres bestiaux encore) et semble déjà dégueuler sur l'année suivante. Et ça va vite. Très vite. Trop vite pour toi ? C'est qu'on te demande d'être rapide et pressé. Travailler plus pour réfléchir moins. Encore et toujours. Il faut que tu assumes. Tu l'as voulu, tu l'as dans le cul. Et puis ça s'accélère encore et toujours. Un jour tu couches avec Kadhafi, l'autre avec Carla Bruni et les gens heureux trouvent ça formidable. Et t'es sur une autre rive, style une autre planète hostile. Une planète blonde et décervelée, parfum [/]BOSS, limite relaxe, Rolex attitude. Pourquoi pas après tout ? T'en as besoin, peut-être même que tu le mérites. Et ça reprend, ça repart. Un autre jour encore, peut-être pluvieux ou froid, tu couches dehors et l'autre d'après, si ça veut bien qui sait, tu loueras un coquet appartement de 190m² à loyer modéré dans le Vème, alors que t'as même pas le droit mais tout le monde s'en fiche, tout le monde sait que « nos vies ne valent pas grand chose », surtout la tienne et que la vie c'est nulle part ? Et si tu obtiens cet appartement et si jamais on venait à te questionner, si on voulait te créer des ennuis, tu pourras toujours essayer la méthode Jean Paul Bolufer (directeur de cabinet de la préposée aux chiottes et au logement Mme Boutin) qui consiste à hurler à qui (ne) veut (pas) l'entendre qu'il n'a commis aucune erreur dès lors qu'il appartient au bailleur « d'exiger de ses locataires toutes justifications requises » (afp). Et si quelques imprudents s'accrochent et veulent vraiment savoir, c'est Disneyland je te dis, dis-leur que « tout autre commentaire qui revêtirait un caractère diffamatoire relèverait désormais de l'intervention de son avocat » (afp). La vérité est au bout du tribunal. En maigre, M. Bolufer (qui n'est pas M. Gaymard, il retient les leçons) qui gagne certainement très (durement) bien sa vie bénéficie d'un logement réservé aux personnes remplissant certaines conditions incompatibles avec sa glorieuse fonction, je crois. Jean Paul n'est certes pas un lapin de six semaines même s'il déclare, en très maigre cette fois, que ce n'est pas de sa faute, lui, il a bien lu la facture, il connaît bien le prix - 6 euros 30 le m² - il sait le montant du bail mais il ne peut rien contre l'incompétence d'un enculé de bailleur, la RIVP (Régie immobilière de la ville de Paris), qui gère très mal son parc immobilier et si t'as un problème, tu descends, on s'explique et si t'as un truc à redire à ça, retourne dans ta tente Quecha, sinon à défaut d'un repas chaud, tu vas te manger mon avocat, parce que le droit à la transparence - et à la vérité - est synonyme de diffamation. Chut ! Circule si t'as tes papiers sinon, please, une mer de silence. Une nouvelle dinde à noël et toi t'es marron. Oh bien entendu ! Jean Paul aurait pu prévenir le RIVP et leur dire que non merci, je ne veux pas prendre la piaule d'un autre, je n'ai pas à me plaindre, vous avez fait une erreur, ce n'est pas grave voilà les clefs ! Mais nan ! M. Bolufer préfère user des services d'un avocat pour régler cette affaire et renouveler son bail. La méthode Bolufer marche-t-elle pour le trop-perçu des ASSEDIC ?
Traiter M. Bolufer de crevure, en toute transparence et si c'est la vérité, c'est de la diffamation ?
En tout cas, si tu dors dehors, va falloir sérieusement te trouver un logement décent, les rues ne sont pas des crèches vivantes où tu viendrais planter ta tente et si tu ne trouves pas d'appartement car tu ne cherches pas, tu t'y prends mal, ben y'a mes centres d'accueil et si t'aimes pas mes centres, t'aimeras peut-être le contact de ma matraque glacée de noël sur ta gueule.
Francis a quitté l'hôpital en meilleure santé que le jour de son admission (le service public ça fonctionne, Francis en est la preuve vivante avec deux bras gauches) a récupéré son avant-bras mais il devra faire montre d'une certaine prudence pendant quelque temps avant de refaire des bras d'honneur. Ca cicatrise et ça guérit. Mais tu t'en tapes et puis si ça se trouve, t'as bien raison. T'as d'autres chats/chattes à fouetter dans le sens du poil. Y'a bien mieux. Y'a au moins toi, aussi, j'espère que tu vas bien, que tu es content, je veux dire vraiment.
Et le compteur tourne et t'as misé sur le mauvais cheval. Mais tu ménages ta monture et dans cette course d'obstacles, tu t'en fous bien de finir premier. Bien calé derrière, fais quand même gaffe à l'aspiration. Et pour ça tu respires et pour ça je veux dire qu'on se retrouvera l'année prochaine, si tout va bien, sous une autre forme et si ça se trouve, tu vas voir que je vais avoir besoin (ou pas) de toi.
Bonne semaine à toi.